Culture Envole2

Publié le 10 mai, 2018 | par Loulou De Gueyo

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Kondo,il n’y a aucune honte à rester tel que tu es

Extrait de L’ENVOL DES TISSERINS , Paul Yao Akoto,  CEDA 1986, pages 141-142.

Ces paroles sont celles de Odikoua Gbanflin,  neveu du roi Agblenou, personnage du roman L’Envol des Tisserins. Elles sont adressées à Kondo confident du roi Agblenou.

Ces paroles nous interrogent sur notre authenticité et notre identité en tant que africain. Dans le même temps elles nous encouragent à  nous ouvrir aux autres cultures pour accroître nos connaissances et notre sagesse tout en restant sois même car jamais personne ne s’est épanoui dans la peau d’un autre.

Pour ma part, ces paroles sont pleines de sagesse et j’aimerais les partager avec vous.

Bonne lecture !!!

          Mon petit Odikoua Gbanflin, tu devras m’enseigner un peu de ce que tu sais des Blancs, j’en aurais bien besoin un jour.

         ….

Tu voudrais être instruit des « manières de Blanc » comme tu dis, lança-t-il à Kondo? Eh! bien, sache qu’il n’y rein de tel que de rester soi-même. Tu peux singer comme tu voudras le Blanc mais on ne devient pas panthère parce que l’on affuble d’une peau de panthère.

Kondo, les Pères blancs m’ont appris beaucoup de choses dans leur école. Mais l’enseignement de mon oncle Agblenou correspond mieux à mon milieu et à ma vision du monde. Certes, j’ai une ouverture plus grande sur le reste de l’univers. Mon apparente double culture est « un plus » qui ne peut être un mieux que si l’apport nouveau n’étouffe pas en moi l’essentiel, c’est à dire ma vraie nature africaine. Du reste, tout bien pesé, j’en sais un peu plus que le Blanc dans une certaine mesure parce que celui-ci ne percera jamais en moi ce que  j’ai appris à connaître de lui.

…, Je voudrais seulement que tu saches qu’il n’y a aucune honte à rester tel que tu es. Tu voudrais connaître « les manières du blanc » parce que tu crois que ces manières sont supérieures à celles de ton environnement. On te l’a dit, on te l’a fait croire, et on ta convaincu. La prétention dont tu parles se trouve à ce niveau là. Car de se croire toujours supérieur on en devient plus que ridicule par une cécité voulue. On reprouve à dessein tout ce qui est hors de soit pour refuser de découvrir mieux chez celui qu’on  méprise ainsi par une ignorance entretenue. On rejette l’autre parce on a peur de trouver mieux que ce dont on s’est toujours persuadé. Et pourtant la sagesse est une et n’a guère de coloration. Et pourtant l’enrichissement est dans la différence et dans le complémentarité. Ce qui est attristant, c’est de constater que nous voulons singer en même temps que nous nous insurgeons contre le mépris que l’on nous témoigne.

Nous clamons notre authenticité en espérant secrètement obtenir l’aval du Blanc. Nous ne nous persuadons que nous « sommes » réellement que dans la mesure où ceux qui contestent notre savoir et notre culture nous reconnaissent ces attributs. Pourtant il suffirait simplement d’aller aux autres sans prétention excessive et sans complexe de quelque nature que soit.

 




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